Source : http://www.lalsace.fr/fr/permalien/article/2557263/Un-processus-de-changement.html
Christiane Taubira, vous êtes députée de Guyane et présidente du parti guyanais Wal-wari. Pourquoi approuverez-vous lors du référendum la transformation de la Guyane en collectivité d’outre-mer ?
Quoi qu’il arrive, nous sommes dans un processus de changement. Si nous votons « non » au changement, nous devrons nous prononcer ensuite sur la fusion du département et de la région. Et, si nous rejetons celle-ci, nous adopterons la réforme des collectivités locales. Mais seul le passage à l’article 74 offre l’opportunité de discuter avec l’État de nouveaux transferts de compétence. Tout dépendra de la loi organique qui sera négociée après le référendum, ce qui est un peu absurde car les électeurs ne votent pas en pleine connaissance de cause.
En quoi le statut de COM est-il intéressant pour la Guyane ?
La Guyane n’est pas dans la situation de la France, mais elle doit pourtant appliquer le droit commun. Particulièrement le non remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux, ou la réduction des effectifs dans l’Éducation nationale. Or, avec notre croissance démographique, de 3,8 % par an, nous avons besoin de crèches, d’écoles… Rien que cette année, trois lycées seront livrés.
Je propose, en vain jusqu’ici, un schéma de développement territorial pour faire face aux problèmes locaux. On nous traite d’assistés alors que rien n’a été fait pour développer notre économie et faire face à l’afflux de pauvres venus du nord du Brésil. Notre taux de chômage de 30 % et le versement de minima sociaux sont absurdes quand on connaît le potentiel de la Guyane : un territoire couvert à 80 % par la forêt amazonienne, qui représente 25 % de la séquestration du carbone en France ; un sous-sol riche en or, en kaolin (argile utilisée pour la porcelaine) et en pétrole ; un domaine maritime plus vaste que son territoire… Sans compter la base spatiale de Kourou.
Les partisans du « non » estiment que le changement provoquera une réduction des aides financières…
C’est faux pour les aides européennes aux régions ultra-périphériques, puisque Guyane et Martinique en bénéficieront même en cas de changement de statut, comme Saint-Barth. Les défenseurs de l’article 73 agitent aussi le risque d’une baisse des budgets de l’État, aidés en cela par la déclaration du président de la République du 26 juin — « les compétences dévolues aux collectivités locales devront être financées par des ressources locales ». J’ai écrit à Nicolas Sarkozy pour lui demander des éclaircissements. Pas de réponse, mais son entourage dément cette déclaration. Si on se développait, on n’aurait de toute façon plus besoin du budget de l’État.
Le référendum est-il un premier pas vers l’indépendance ?
Personne ne la demande, même pas les partis indépendantistes. Elle ne serait pourtant pas dénuée de sens, au regard de la réalité physique et socio-historique de la Guyane. Mais contrairement à notre génération, les jeunes ne sont pas imprégnés de l’idéologie indépendantiste. Ils n’en voient pas l’intérêt, car ils vivent dans un monde interconnecté par Internet et les voyages. Peut-être la demanderont-ils dans 20 ans.
De notre bureau parisien Propos recueillis par Simon Barthélémy
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